Le lunatique nocturne

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Le lunatique nocturne

Message  Shinlo le Ven 10 Juil 2009 - 13:09

(PS pour Ronan : c'est un résumé du dernier scénario où était ton perso, si tu n'as pas le temps de le lire aujourd'hui je te l'imprimerais pour ce soir de toute façon)

Le lunatique nocturne

Laissez moi vous offrir avant de retourner dans la tombe le récit d'un jeune fou parmi les vieux loups. Le mois de juillet de l'année 1198 dépérissait comme une vieille charogne, et déjà les corbeaux de septembre s'affairaient sur celle-ci. Mon frère de sang, Lucius, s'amusait en cette nuit suintante d'étoiles à observer le comportement de la fourmilière proche de chez nous lorsque la reine de celle-ci avait subit les effets de notre don obscure. Je ne parvins jamais à comprendre le pourquoi de ses expériences, mais il semblait y prendre beaucoup de plaisirs. Je crois que la clef de la compréhension des actes de mon frère se trouve dans son esprit, mais j'avoue n'avoir nul envie de m'y risquer.

J'étais en pleine réflexion, retournant en mon âme les événements d'un lointain passé, lorsque nous reçûmes une lettre de notre ami commun. Ce dernier avait eu vent de l'existence d'une de ses anciennes connaissances qu'il croyait disparu sur Milan, et souhaitait que nous prenions contact avec lui. Au vu des suites de la lettre, il fut facile de comprendre qu'il réussit à obtenir l'information grâce à une probable surveillance de messire Friedrich von Brixen. En effet la lettre stipulait que le susnommé von Brixen était invité à Milan par la connaissance de notre ami. Malheureusement dans un soucis de laisser filtrer le moins d'informations possibles avec l'extérieur, le nom de cette connaissance ne fut pas mentionné, mais au vu de la discrétion du messire von Brixen il ne serait certainement pas difficile de le localiser une fois sur place en suivant le vielle ours. Arrivé à la fin du message, je fus surpris d'apprendre que notre ami nous avait adjoint les services d'un imprévisible saltimbanque : Santonin. Je sentis une vague de froide colère qui m'envahit que je réprimai rapidement. Lucius n'était déjà pas facile à gérer, pour qu'en plus je doive trainer derrière moi un ménestrel de campagne. Qui était il ? Quels étaient ses liens avec notre ami ? Quelles dettes avait il envers notre ami ? Autant de questions dont je compris très vite en l'apercevant que je n'aurais pas de réponses.

Je réussis à trouver l'étrange énergumène non loin de notre bâtisse. Ce dernier était entouré d'animaux, jouant d'un étrange instrument qui captivait leur attention. Les couleurs tout autour semblaient avoir été ravivées, rehaussées, comme si les ténèbres de notre monde s'éloignaient de son chemin. Inquiétant personnage. Je m'avançais vers lui, faisant fuir les animaux attroupés comme la lumière fait fuir l'obscurité, rendant le monde alentour plus sombre qu'il ne devrait l'être, brisant la dérangeante splendeur dont je venais d'être témoin. Nul beauté en ce monde ne saurait laver sa noirceur de celui, nul beauté ne saurait stopper sa déchéance. Mes dons d'augure me permirent de voir l'aura de ce personnage, une aura chatoyante composée de multiples couleurs semblant danser pour former des motifs dépassant ma compréhension. Je me mis à discuter avec méfiance avec lui. Il avait tout de l'artiste pensant que ses réalisations illuminent un monde qui ne peut l'être, pensant que le rêve continuait et n'était pas déjà devenu un cauchemar dont la seule issue était la fin – un réveil pour tous, sans distinction, et dont nul ne pouvait échapper. Enfin il semblait porter un certain intérêt à moi et à mon frère de sang, intérêt dont je ne saisis en rien le pourquoi. Quoiqu'il en soit étant un voyageur habitué il pourrait au moins nous être utile sur la longue et dangereuse route vers Milan.

La route fut bel et bien longue, mais grâce à notre nouvel ''associé'' nous parvînmes sans encombre à la sombre cité en cette nuit du 16 aout, après trois longues semaines de voyage nocturne. Milan, ville encore en construction suite à l'attaque trente ans plus tôt du célèbre pirate Frédérique Barberousse, avait grandit trop vite. Cet immense taudis où s'entassaient les déchets humains était comme le spectre de la précédente cité : floue et inconsistante. Une fois installé dans une de ces auberges lugubres qui accueil moyennant finance le voyageur assoiffé comme je l'étais, nous prîmes quelques renseignements auprès du limon que forme la populace locale. Comme selon mes prévisions, l'ours fut facile à repérer. Beaucoup de badauds faisaient circuler nombre de rumeurs sur le campement qu'avait montée la compagnie des routiers noirs, un peu à l'extérieur de la ville. Je fis alors un tour au campement afin d 'avoir de plus amples informations sur la connaissance que nous devions joindre. Trouver le campement ne fut guère difficile non plus : il suffisait de suivre les grognements de l'ours qui - ulcéré que celui qui l'invite n'ai pas cité son nom – hurlait à la nuit tel un loup. Au moins je ne du pas m'approcher de ces satanés chiens, la puissante voix de von Brixen portant facilement au loin. Ce dernier ne semblait guère enclin à répondre à l'invitation qui lui avait été faite, et envoya quelques uns de ces fidèles pantins pour aller surveiller l'activité de la demeure à l'adresse qu'on lui avait fournis, rue des papillons. Enfin... au moins ces pantins eurent ils le bon goût de faire convenablement leur travail, et m'indiquèrent sans le savoir l'adresse de mon contact. Le nom du maitre de maison fut ensuite facile à trouver : Sergio da Rifi..

Le lendemain, Lucius et moi retournions rue des papillons afin de surveiller l'activité de la belle et grande propriété des da Rifi. L'ambiance semblait festif, et peu après notre arrivée une calèche aux mêmes armoiries que la demeure arriva. Profitant de cela, je réussis à me faufiler à l'intérieur de la propriété, laissant mon frère Lucius en retrait pour surveiller l'activité de la rue. En effet j'avais remarqué du coin de l'œil quelques personnes – sans doute les chiens de garde de von Brixen – qui surveillaient la rue. Après m'être faufilé par les cuisines j'arrivai dans une pièce plus grande et luxueuse, dont la chaleur du feu et les tons et couleurs des tapisseries invitaient au calme. Cette pièce était particulièrement intrigante, car en plus de contenir tout les éléments d'une salle de réception classique les murs étaient couverts d'étagères remplis de livres traitant de sujets diversifiés mais dont le point commun semblait être l'étude de la nature ainsi que de multiples petits objets assez fins et anciens dont l'utilité me laissa là encore perplexe. La pièce était silencieuse, nul n'était encore présent mais la table recouverte de précieuses argenteries m'indiqua que le souper aurait lieu ici. Trouvant un endroit reculé de la pièce, je me perdis dans les ombres afin que nul ne puisse me remarquer.

Les invités arrivèrent un à un. Le premier fut un homme aux vêtements sombres, détonnant étrangement de la pièce aux couleurs vives, et au teint assez sombre, un oriental sans doute. La distance de ma cache ne me permis cependant pas à mon grand regret de voir les détails du lourd collier d'or qu'il portait. J''appris plus tard lorsqu'il se présenta aux restes des convives son nom : Antineo di Tegli. J'eus la surprise de voir entrer peu après lui Camio Iloqi, qu'un de mes amis avait déjà rencontré sur Venise et lié à certaines affaires de la cité putride qui n'a rien à envier à un marais. Il était accompagné d'une belle dame de compagnie, également aperçut à Venise en sa compagnie me semble t-il : Abigael. Puis finalement l'ours décida de sortir de sa tanière, car arriva Friedrich von Brixen quelques temps plus tard. Puis celui qui devait être le dernier invité officiel de la soirée fit son entrée. Un jeune homme d'une quinzaine d'année en tenue d'évêque s'approcha et vint saluer les convives, se présentant comme étant Benito di Caglio. Alors que tout les invités commençaient à faire connaissance, l'hôte descendit des escaliers derrières la pièce. Le bruit de sa canne tonna à chacune des marche qu'il descendait, semblant comme annoncé l'arrivée de celui qui présiderait à cet étrange assemblée. Le port droit, charismatique, il remercia ses invités d'être venu et les invita à se mettre à table. Les musiciens se mirent alors à jouer, et je fus surpris de voir parmi eux Santonin, qui fut peut après invité par Sergio da Rifi à venir se joindre au repas. Même au sein de convives aussi spectaculaires qui diversifiés, Santonin semblait se détacher du reste, comme si lui seul possédait une lueur assez forte pour balayer les ombres ambiantes.

Beaucoup de choses furent évoqués au cour du dîner. La table ne semblait comprendre que des partisans de la ligue Lombarde, comme l'attestèrent les conversations que je pus entendre. Lorsque Friedrich von Brixen parla de sa haine profonde du saint empire romain germanique – ou tout du moins de ceux qui la composent – tous semblèrent acquiescer à ses dires. Il est incroyable tout de même de voir à quel point les gens peuvent bien s'attacher à de telles futilités. Antineo parla de la bonne marche de son commerce de livres, Benito di Caglio parla de sa ville de Pragues où se trouve de nombreux secrets de son ''art''. Il semble avoir quelques problèmes avec l'évêque de Nod se trouvant à Pragues, d'où son récent voyage pour Milan. Cela ne m'étonne guère, pour avoir connu un évêque de Nod je peux comprendre à quel point ces crapules peuvent poser problèmes. Le repas s'orienta ensuite beaucoup politique et théologie. Se raccrocher en la croyance d'un dieu cruel qui par plusieurs fois détruisit monde et cités par caprice, tssss... encore des personnes qui déchanteront rapidement une fois qu'ils comprendront que Dieu ne les aidera pas.

Le repas finit, l'assemblée commença à former quelques petits groupes de deux ou trois personnes. Sergio da Rifi s'approcha de von Brixen et lui remis un ouvrage traitant de la sorcellerie alchimique afin de le remercier pour ces actes passés. Étonnant, je pensais qu'un tel individu ne jurait que par l'épée et le sang. Alors que j'observais Camio et Benito parler entre eux, je fus surpris par la ressemblance entre les deux individus, et ce malgré leur différence d'âge. Sergio rejoignit rapidement les deux personnes, et commença à parler affaire avec Camio. J'appris ainsi que la famille de ce dernier, les Iloqi, était connu pour avoir ramené nombre de trésors de terre sainte. Apparemment Sergio comptait reprendre les anciens échanges commerciaux avec celle-ci, d'où la présence de Camio ici. Balayant du regard une nouvelle fois l'assemblée, je ne vis nul trace de la compagne de Camio, Abigael. Regardant à droite et à gauche, j'aperçus le bas de sa robe de soirée virevolter une dernière fois dans les escaliers avant de disparaître à l'étage. Drôle de façon pour une dame de se comporter que de laisser ses messieurs sans ''charmante'' compagnie. Je suivis alors la dame, afin de veiller à ce qu'elle ne se perde pas dans cette grande demeure. Mais j'eus tord de douter de son sens de l'orientation : elle savait très bien où elle allait, et arrivé devant une porte en bois finement sculpté, elle entrepris de forcer la serrure avec la finesse et la délicatesse d'un expert en la matière. Endossant le déguisement d'un serviteur quelconque, je fis ma première ''apparition'' de la soirée, allant porter un message à Sergio da Rifi pour le prévenir de la souris qui tentait de se faufiler dans son bureau. Il alla rapidement dans son bureau, mais sans montrer la moindre inquiétude qui aurait pu laisser présager que quelque chose n'allait pas à ses invités. Une fois dedans j'entendis clairement le bruit de la serrure se refermant : le chat avait attrapé la souris. Une douleur soudaine me pris au niveau du cou. Quelque chose n'allait pas, mais quoi donc ? Lucius ! Cependant je ne pouvais pas quitter ainsi la résidence au risque de laisser échapper l'occasion de parler en privé à Sergio. J'allai alors voir Santonin, dernier recourt, et lui demanda de retrouver et de mettre à l'abri Lucius – ce qu'il fit.

De là tout s'enchaina : les hommes que von Bixen avait placé dans la rue se firent attaqués par ceux que j'avais précédemment aperçu et que je croyais être avec lui, et une trentaine d'hommes sous couvert des feux naissants un peu partout dans le quartier commencèrent à prendre d'assaut la propriété des da Rifi. Me précipitant à l'étage, j'eus le temps de voir Sergio attraper un coffret au passage avant de fuir à vive allure. Sous le couvert des ombres, je le suivis, n'ayant pas de mal de part le leste que le coffret infligeait à Sergio. Se précipitant hors de la bâtisse, il courut dans le vaste jardin afin de rejoindre sa calèche. La tournure des évènements ne me disant rien qui ne vaille, j'entrepris d'augmenter petit à petit ma condition physique – comme ceux de notre race savent le faire. Cependant arrivé à une centaine de mètres de la sortie une forme apparut de nul part, sortant des ombres, et donna un spectaculaire coup de dague dans le dos de Sergio, un de ces coups qui aurait abattu un sanglier. Sergio fut projeté plusieurs mètres plus loin sous l'effet de choc, et resta inerte. Il n'était plus temps de réfléchir, il fallait agir. Sous couvert de mon déguisement, je sortis à mon tour des ombres et vint planter furieusement ma dague dans le dos de la créature au visage cauchemardesque. Elle hurla mais ne tomba pas, et me donna à son tour un violent coup. Le combat était serré, nos lames plongeant avec fureur dans nos chairs maudites sans pour autant nous faire tomber. Au loin Camio et Abigael regardaient la scène, et accoururent au secours de Sergio. J'entendis un nouveau bruit dans mon dos, comme une bête féroce bondissant sur moi, et moins d'un souffle après je sentis les crocs acérés du fidèles loup, resté en retrait jusqu'alors, se planter en moi. Tombant un genou à terre, je vis Abigael et Camio au loin – trop loin pour venir me porter secours. La créature leva sa dague, prête à me porter le coup de grâce. J'aurais au moins aimé l'envoyer dans la tombe avant de partir de ce monde pourrissant. Soudain l'éclat flamboyant de la lame de Sergio vint pourfendre la créature, la faisant prendre feu au passage. Elle hurla, hurla comme nul bête ne sait le faire sur Terre, et s'enfuit au clair de lune et à la lueur du quartier enflammé dans les profondeurs nocturnes, son fidèle loup suivant son maitre avec angoisse. Je parvins avec difficulté à me remettre debout, et Sergio et moi nous précipitâmes dans la calèche un peu plus loin, fuyant le quartier qui petit à petit s'enfonçait en enfer.


Dernière édition par Shinlo le Mar 14 Juil 2009 - 22:01, édité 3 fois
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Re: Le lunatique nocturne

Message  sherazina Besarab le Ven 10 Juil 2009 - 13:41

ok, j'ttends avec impatiente Very Happy
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Re: Le lunatique nocturne

Message  Shinlo le Ven 10 Juil 2009 - 14:20

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Re: Le lunatique nocturne

Message  Shinlo le Mar 14 Juil 2009 - 21:59

Le lunatique nocturne - De Vincenze à Padoue


20 aout 1198. Nous revenons de Milan, Lucius, moi et Santonin. Il nous quitta peu avant que nous arrivâmes sur nos nouvelles terres d'accueil. Mais nul temps pour nous de nous reposer, et à la vérité à quoi bon vouloir le repos d'un corps damné et déjà mort quand l'âme ne peut le trouver. Dès que nous mîmes pied à terre, notre ami Alesandro vint nous prévenir qu'il avait trouvé un poignard fiché dans la porte de la petite maison que Lucius et moi habitons depuis quelques temps. A ce poignard était adjoint le message suivant : ''Vincenze 25 aout 1198 Domus Maltrarersi''. La signature qui suivait ne nous laissait guère le choix : nous étions voués à repartir dans les plus brefs délais. Prévenant Alesandro qu'il n'y avait rien à craindre, nous reprîmes la route en direction de Vincenze dès le lendemain, non sans penser à passer par Sacco avant rendre visite à Roscoe pour prendre de ses nouvelles. D'après lui les nouveaux venus de l'église, une bande de fanatique aux pouvoirs terrifiants, commençaient à faire quelques descentes discrètes et efficaces dans tout Padoue. Amusant … une partie de la société caïnite se réfugie dans la robe blanche de Dieu pour justifier leur existence, mais craint ses plus fidèles serviteurs. Non, amusant n'est pas le mot : pathétique convient mieux. Enfin je m'égare dans des détails sans importance.

Trouver la domus à Vincenze ne fut pas chose facile, Lucius ayant quelques problèmes à s'orienter, semblant comme perdu dans un monde dont lui seul a la clef. Cependant nous parvînmes finalement à l'endroit désiré. Je n'avais pas besoin de lever les yeux au ciel étoilé pour savoir que nous n'avions déjà que trop trainé. Décidé à entrer dans la demeure, nous traversâmes d'un pas sûr l'allée pavée en direction de la demeure, quand soudain dans la pénombre de la rue mal éclairée la mélodie familière du choc régulier du métal sur la pierre nous fîmes nous figer, Lucius et moi. Lucius afficha immédiatement un sourire radieux, comme ceux qu'ont les enfants quand leur mère arrive. Il était revenu. Habillé comme un riche bourgeois, coiffure soignée, teint pâle, sa canne jouant sur les pavés une mélodie dont lui seule avait le secret, Brocast était revenu d'on ne sait où, pour on ne sait quelle affaire. Notre extravagant sir fit montre de son contentement à nous revoir comme à son habitude : phrases grandiloquente et léger coup de canne bien placé sur le crâne. Lucius se laissa faire comme un bébé chat s'amusant avec sa mère, mais j'eus tôt fait de bloquer la canne qui ne m'avait que par trop souvent surprise par le passé. Si Brocast avait des choses à nous dire ou besoin de notre aide qu'il parle, mais qu'il ne s'attende pas à ce que je me laisse amadouer comme mon simplet de frère par ses manières. Il ne fut pas besoin de discuter longtemps pour connaître la raison intéressée de sa visite : il était sur la piste d'une chose qu'il nommait ''le fils du diable'' et avait besoin de deux sous-fifres pour prendre les coups à sa place. Il s'arrêta soudainement au cour de sa phrase et se figea, le regard dans le vide. Je sentis son esprit s'égarer dans les méandres de la mémoire collective de notre clan, et malgré toutes nos mauvaises expériences à Lucius et à moi je m'y risquais une nouvelle fois sur ses traces. Comme il était sot de croire pouvoir rivaliser avec notre géniteur maudit au sein de la folle toile. Suivant un chemin dont je ne connaissais pas l'aboutissement, j'arrivai finalement à une immense fosse, composée de multiples corps et morceaux d'hommes et de femmes. A peine eus-je le temps de me remettre de cette vision cauchemardesque que deux grandes et frêles mains aux ongles acérés plongèrent dans la fosse, soulevant par grosse poignées un tas entremêlé de viscères et de chairs putrides d'où suintaient une multitude de vers blancs. Encore sous le choc, je ne m'attendis pas à ce que l'une de ces deux mains fonça vers moi. Je ne pus l'esquiver, et la main se plongea dans mon crane. Forte heureusement je repris mes esprits à temps, et coupa tout contact avec cette horreur, esprit brisé d'une de mes sœurs de clan. Je sentis le choc brutal de mes genoux contre la pierre. Une main se posa sur ma tête, et je sentis une colère impulsive, bestiale, monter en moi alors que je m'apprêtais à égorger l'individu devant moi. J'eus tout juste assez de discernement pour ne pas sortir mon couteau et attaquer Lucius, que Brocast s'empressa de faire reculer de sa canne. Il me fallut un certain temps pour me calmer, pour vider de ma tête cette vision, et cette envie de tuer la prophétesse des viscères.

Nous n'oubliâmes cependant pas le pourquoi de notre venu à Vincenze, et une fois remis sur pied nous entrâmes sous couvert d'une fausse identité dans la domus des Maltrarersi. La salle de réception était bruyante et bondée, rempli d'hommes et de femmes dont le but commun nous échappait encore mais qui comme des charognes s'assemblaient autour d'un futur festin mortuaire. Après un rapide tour de salle, je fus étonné de constater que Mazzolino d'Este ainsi qu'Octave de Raven discutaient tranquillement entre eux. Que faisaient donc ces deux là dans le même lieu, et à fortiori affichant publiquement de nombreuses marques de sympathie ? Octave de Raven n'avait-il pas lui même fait en sorte que Samuel Composampiero et Emilio da Romano – ennemi de longue date de Mazzolino – s'allient sous sa bannière ? Quelques discussions m'apprirent quelle charogne tout ce beau monde était en train de lorgner : Ezzdino ll da Romano, patricien des Romano. Rentilio se trouvait juste à leur côté, ainsi que le nouvel évêque de Nod, Antonio Scaligari, qui tentait vainement de retenir la défiance que lui inspirait le duo. Alors que j'observai la scène intrigué, un serviteur vint me porter un verre de sang. ''Il faut se méfier des couteaux dans les ombres''. Surpris de cette remarque, je me tournai vers lui, pour constater le sourire assassin qu'il affichait. J'aurais dû le tuer quand j'en avais l'occasion. Dehors les ombres dissimulaient un loup au regard encore plus meurtrier que son maitre, prêt à bondir sur moi à la moindre occasion. L'idée me vint d'exciter la bête pour montrer à ce nosferatu ce dont je suis capable mais je réprimai vite l'idée, un carnage n'allant pas arranger mes affaires. Alors que j'étais encore tout à cette pensée, une immonde odeur de putréfaction se fit sentir. Regardant à droite et à gauche, je constatai que seuls Lucius et moi même semblions indisposés par celle-ci, personne d'autre ne la remarquant. La responsable de cet effluve cadavérique passa entre nous deux. Je reconnus le visage de celle que Raphaël di Torino appelait ''maman'' : Adolana la sage du clan Malkave. Intrigué par sa présence, je demandai à Lucius de la suivre discrètement, mais il ne trouva rien de mieux que d'aller la saluer sous son véritable nom et de la suivre dans un piège. Elle le força à mutiler le corps d'un homme recroquevillé sur lui même, dans les jardins, et fit en sorte qu'il ne s'aperçoive pas de la levée du jour. Sans l'intervention de notre sir qui – d'un violent coup de canne – le sortit de sa rêverie, l'œil de Dieu l'aurait depuis longtemps transformé en cendre. A l'intérieur la réception continua jusqu'à peu avant la levée du jour. Celle-ci fut clôturée quand Mazolino d'Este et Octave de Raven descendirent les escaliers par lesquels ils s'étaient éclipsés pendant la soirée, et lorsque le maitre de maison officialisa l'alliance du duo et annonça la future chute d'Ezzdino ll da Romano.

A dire vrai ce que j'appris à la réception ne me touchait guère, qu'importe si un insignifiant da Romano venait à y passer d'ici peu, qu'importe si sa femme et ses fils se firent égorger : il avait voulu jouer, il allait perdre. Cependant l'alliance entre Octave de Raven et Mazolino D'este ainsi que la chute des Romano placerait à coup sûr mon ami en fâcheuse posture. N'ayant pas le temps d'attendre sa réponse pour agir, j'envoyai sur le champ deux lettres, l'un pour mon ami afin de le tenir au courant de ce que j'avais appris et le prévenir de mes actes, l'autre pour Adelaide Degli Alberti Dimongona, épouse de Ezzdino ll. Je savais que celle-ci avait des pouvoirs sur la nature défiant l'entendement, même pour nous autre maudit du jour, et qu'elle était personne compétente n'allant pas laisser son époux en si fâcheuse posture. Dans cette dernière lettre afin de ne pas être reconnu si la lettre était intercepté je signa ''le lunatique nocturne''. Quelques jours plus tard je reçu une lettre cachetée de mon ami en destination d'Emilio da Romano, lettre que je portai aussi vite que je le pus. Dix jours après la réception eut lieu une grande bataille à Bassano, citadelle où s'était réfugié Ezzdino ll. Sur place, venu soutenir les Romano, une grande troupe de soldats de Padoue faisait front face à l'armée de Vérone. Je reconnus là l'influence de mon ami, tout comme je reconnus l'influence d'Adélaide dans les caprices de la nature environnant l'ennemi, qui semblait prendre un malin plaisir à ralentir leur retraite. Finalement l'armée combinée de Bassano sut repousser avec brio les troupes de Vérone, faisant nombre de prisonniers au passage. Cette dernière, influencé par Mazolino d'Este, fit alors route sur Padoue lors de sa retraite afin de tenter un dernier coup d'éclat. Mais la cité tint bon et lorsque les forces des Romano arriva sur Padoue, les hostilités cessèrent rapidement afin de trouver un compromis.

Arrivé au campement des forces alliées de Padoue, je demandai à Adélaide – non sans crainte au vu de sa haine des gens de notre race – de me recevoir. Celle-ci accepta l'entretien à ma grande surprise, et m'écouta non sans dégout. Dans un premier temps, me rappelant une précédente affaire, je luis parlai de cette nuit au palazio des Romano, cette nuit où j'y envoyai Roscoe suite à un étrange rêve où je vis un jeune enfant du nom de Ezzdino se faire corrompre par Béatrice d'Este, cette nuit où Roscoe tua Béatrice d'Este pour sauver la vie du jeune prêtre hongrois touché par la main de Dieu, cette nuit où Adélaide répandit sa colère sur les gens de notre race. Alors que je lui parlai de ce jeune Ezzdino corrompu et forcé à ''l'éveil'' – terme utilisé par Adelaide pour désigner ce qui s'est produit - par Béatrice, un petit enfant sortie de derrière la robe de Adélaide. C'était lui, Ezzdino, mais de lui se dégageait une aura menaçante, démoniaque, et j'eus à cet instant le sentiment qu'une légion de démons sans nom le regardaient avec avidité. Adélaide me dit qu'elle aussi avait senti cette influence démoniaque sur lui, sur l'enfant d'elle et de Ezzdino ll. J'eus alors le sentiment que seule la main de Dieu - cette même main si prompt à répandre malheur parmi ceux qu'il appelle ses ''enfants'' – pouvait lui venir en aide, aussi lui parlais-jeu du jeune prêtre hongrois comme d'un homme de confiance touché des grâces divines et dont la lumière pourrait chasser les ombres autour du jeune Ezzdino lll. Malgré sa réticente naturelle pour laisser son fils auprès d'un homme d'église, eAdelaide était suffisamment sage et pragmatique pour comprendre qu'elle n'avait guère le choix, et que cela était le seul choix qu'elle avait. Au même moment un attentat se produisit : Raphaël di Torino – avec l'aide de sa fidèle coquille sans qui nul ne l'aurait reconnu - usa de ses sombres pouvoirs pour former une nappe de ténèbres autour de la tente d'Ezzdino ll da Romano, et usa de son don obscure pour forcer l'esprit de celui-ci à signer le traité prévoyant d'offrir en otage à Vérone Ezzdino lll. Heureusement la vigilance de Friedrich von Brixen, qui avait rejoint avec Samuel Composampierro les Romano, permis de le stopper et de récupérer le traité. Plus tard Adélaide me confia une plante dont les flagrances sont mortels pour ceux de notre race et qui distillé ferait un poison mortel pour le démon à la coquille. Voilà une chose intéressante, d'autant plus que je connaissais une personne dont les talents alchimiques pourraient travailler dessus...

Voilà comment se termina le conflit : l'un des fils de Ezzdino ll fut confier en tant que otage à Vérone, et ainsi les choses restèrent à leur place au niveau humain, Vérone continuant d'arbitrer le conflit entre Padoue et Vincenze. Mais par chez nous, l'alliance Vérone / Padoue s'écroula bel et bien tel un château de carte. Plus tard j'appris que Octave de Raven devint prince de Vincenze. Il fut alors facile de comprendre l'arrangement qui fut fait la nuit du 25 aout entre Mazolino d'Este et Octave de Raven. Mazolino devait offrir son appui à Octave de Raven dans sa quête à la principauté de Vincenze, tandis que ce dernier l'aidait à faire choir Ezzdino ll da Romano et par là même son vieil ennemi, Emilio da Romano, ce qui l'aurait rapproché un peu plus du titre de prince de Padoue.
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