Requiem d'Hypnos

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Requiem d'Hypnos

Message  Nono le Mer 6 Avr 2011 - 0:53

Acte 1 : Nature rêveuse de Phantasos

Chapitre Premier : Première Apparition

« (...) Elle cherchait la Faim : elle la vit dans un champ pierreux, d'où elle s'efforçait d'arracher, des ongles et des dents, de rares brins d'herbe. Ses cheveux étaient hirsutes, ses yeux caves, sa face livide, ses lèvres grises et gâtées, ses dents rugueuses de tartre. Sa peau sèche aurait laissé voir ses entrailles ; des os décharnés perçaient sous la courbe des reins. Du ventre, rien que la place ; les genoux faisaient une saillie ronde énorme, et les talons s'allongeaient, difformes, sans mesure... » Ovide.

"Refermant le livre de l'estimé Ovide et de ses "Métamorphoses", je levais la tête pour voir mon fils endormi par l'histoire des anciens. Son visage resplendissait d'une certaine légèreté, il était encore innocent des trames qui souillaient l'âme des hommes, ce que l'on appelle l'ambition. Ses cheveux châtains clairs reflétaient l'incandescence de l'âtre qui illuminait la pièce. Silencieusement, je me levais, embrassais le front de ce petit ange, et sortit de la pièce. Tout était silencieux, le voyage des derniers mois m'avait éprouvé, je me sentais un peu lasse....

Je me dirigeais alors en direction du coeur du château. Un valet, me voyant arrivé, me fait signe de rentrer. Après quelques secondes, je me retrouvais devant la grande porte de la chambre de mon hôte, Marcello XXVII, de la familia Tegalliano. Se raclant la gorge, il souffla d'une voix grave que je devais préparer mes affaires pour demain, un long voyage se préparait pour Gênes. Un peu surpris, j'inclina la tête en révérence et je quittais la pièce en me demandant si un jour ces voyages cesseraient. Un frisson parcourut mon échine qui me fit tousser quelques instants.... "satané froid" pensais-je en regardant les murs froids et épais de la demeure.

Je rentrais alors dans mes appartements, ma femme était déjà couchée, sa chevelure rousse semblait en attester ; voyant l'âtre presque éteint, je m'approchais de celui-ci et y déposais quelques bûches bien secs. Me relevant, je me dirigeais vers la fenêtre pour voir que des hommes étaient déjà en train de préparer le voyage de demain.... Me retournant alors vers le lit, un sourire fendit mon visage à la pensée des récriminations de cette chère Maria quand je lui apprendrais la nouvelle, je n'avais pas fini d'en entendre parler.

Aux premières lueurs de l'aube, je m'approcha d'une lourde malle en bois, sortit une clé de l'une de mes poches, et enfin, je l'ouvris. Je vis alors une lyre dans un coin, elle était belle et son bois semblait avoir été préservé des temps, ses cordes avaient toujours ces étranges couleurs automnales. Je la pris avec soin et me dirigea vers un coin de la pièce dans le plus grand silence, je pouvais seulement entendre les respirations de ma femme et de l'âtre en train de mourir dans ses derniers râles. M'adossant à un coin de la fenêtre, je fis teinter les cordes pour y exprimer une douce mélancolie, pour la tranquillité de cet instant, mon coeur fut alors pris par une profonde angoisse qui rendirent mes notes de plus en plus élégiaques. Un cri ou un hurlement me firent sortir de cette torpeur si particulière, ma femme était là et venait de me gifler, ses larmes étaient comme deux petites rivières avec le reflet des premiers rayons du soleil.... J'arrêtais alors, stupéfait de la tristesse que ma femme éprouvait, je lui promettais alors de ne plus me laisser guider par mes émotions en jouant avec cette lyre. Maria, un peu rassérénée, me donna une autre gifle en me disant que celle-ci était une façon de me rappeler ma promesse. Quelques minutes, plus tard, je lui apprenais tout de même notre prochain départ selon la volonté de nos nouveaux maîtres. Peut-être encore sous le coup de tout à l'heure, elle ne dit rien et se dirigea vers le vieux meuble qui lui servait pour ses vêtements.

Une petite heure plus tard, notre fils Akritès entrait dans la pièce en jurant que les italiens étaient "tous des soudards", je me mis à rire aux éclats de reconnaître là les paroles de mon ancien maître byzantin, à l'encontre des Vénitiens et des Latins en général.... Les premières années de mon fils dans la Nouvelle Rome l'avaient plus influencées que je ne l'avais cru. Je lui demandais alors ce qu'il se passait. Il me répondit benoîtement que les Vénitiens s'amusaient sans cesse à se battre entre eux comme des idiots. "Ca t'arrivera aussi !" répondis je en riant et je voyais une mine boudeuse apparaître sur son visage... Je lui demandais alors de réunir ses affaires car nous allions bientôt repartir en voyage - sa mine boudeuse changea alors en air ravi...

Notre convoi pour Gênes partit vers le milieu de la matinée, les hommes semblaient heureux de quitter le vieux château. C'est lors de ce départ que j'appris que nous devions nous arrêter dans une petite ville du nom de "Padua" à quelques jours de marche de Venise. Nous rejoindrions alors un autre convoi vénitien pendant les premières heures de notre voyage.

Notre Convoi rejoignit alors le convoi vénitien en question. Il semblait assez important et j'entendis différentes personnes parler d'une obscure personnalité nommée Guillaume de Padoue, un nouvel Evêque... Ce qui me frappa, c'était la singularité des membres de ce voyage, des artisans, des bourgeois, des nobles de basses et hautes extractions semblaient se mélanger étonnamment dans ce convoi. Il y avait même un groupe de mercenaires allemands, vantards, imbues d'eux mêmes, buvant et criant leurs chants paîens et peu de personnes n'aurait osé les braver ; leur chef, un certain Freidrich Von Brixen, je ne suis même pas sur d'avoir bien compris son nom, était à leur image. Après quelques jours de voyage, nous arrivâmes alors dans une cité aux contours flous, les maisons semblaient avoir été la proie des flammes et de la guerre... Au centre, une belle église trônait avec son ancien style roman. Nous fûmes invités à nous arrêter dans une des places annexes de la ville pour les convois, une sorte de caravansérail comme il en existait chez nous. Les marchands, artisans et bien des serviteurs établirent des petits camps dans toute la place et laissèrent leurs maîtres se diriger vers une belle maison encore préservée du temps et de la folie sanguinaire des Hommes.

Une impression morbide me prit au coeur quand je vis des traces de sang, des pauvres hères demandant un quignon de pain, des jeunes enfants (aussi maigres que le blé venant de sortir de terre) sur les quelques pavés de quelques maisons environnantes. Cette ville devait être le témoin des malheurs de notre temps, l'église tentait de sauver ce qui pouvait l'être mais comment combattre la "folie", la "folie" des Nobles se répandait dans toutes les terres du monde chrétien. Ceci dit, ma femme et moi devions accompagner nos maîtres dans une belle maison à l'image des anciennes villas d'autrefois, celle-ci appartenait à un certain Alienero d'Orsini. Ses murs épais semblaient là protéger de la curiosité des manants et des plus humbles de la ville. Nous entrâmes par une petite porte à la dérobée qui menait dans les "appartements" des serviteurs. Je fus étonné de constater qu'il y avait ici une ambiance assez joyeuse entre les serviteurs, les cuisiniers hurlaient sur leurs mitrons, les boulangers découpaient de grandes tartines de pain de seigle pour accompagner les viandes et des sauciers vérifiaient la qualité des épices que quelques marchands venaient leur vendre..... Ce fourmillement de vie me fit sortir de ma mélancolie habituelle, ma femme se fit entendre en chapitrant quelques enfants de la familia de nos maîtres se montrant trop gourmands.... D'un regard, j'invitais mon fils, un peu intimidé peut-être, à aller se régaler auprès des autres enfants.

Quelques heures passèrent, la nuit venait de tomber, qu'il était bon de n'être que de simples serviteurs auprès d'une noble famille, si éloigné des problèmes, je vis alors un valet de la maison se présenter et appeler mon nom. Après quelques échanges d'usage, il m'enjoigna à le suivre dans l'antichambre des maîtres de la maison (il me demanda en outre de prendre ma lyre). Arrivé dans l'antichambre, je fus agréablement surpris par les belles tapisseries qui ornaient les murs, ils étaient des représentations assez simples de chasses au daim. Le sol étaient d'une belle pierre brute noire, formant peut-être une image de la vierge mais je n'étais pas trop sur de moi. Un grand chandelier circulaire, avec une soixantaine de bougies, apportait la dernière touche d'éclat à la pièce. Positionnés en parallèle, quatre bancs de bois vernis étaient adossés aux murs principaux qui ouvraient la voie vers une grande porte à double battant en chêne vernis sombre. Posant avec soin ma lyre sur l'un d'entre eux, je m'asseyais à mon tour ; on n'entendait que le léger crépitement des bougies, les murs devaient être épais pour laisser les Seigneurs parler dans la plus grande discrétion et à l'abri des oreilles des serviteurs.

Alors que je pensais que tous les Seigneurs étaient déjà dans la grande salle de la Villa. Quelques personnalités entrèrent par la même porte que j'avais emprunté. Le premier fût un homme de grande stature, dégageant une bonté naturelle, ses cheveux blonds contrastaient avec l'humeur maussade de ses yeux bleus. Il portait des armoiries italiennes qui m'étaient inconnues, il fût présenter par le Majordomo de la Villa sous le nom de Pierre de quelque chose.... Il était accompagné d'un homme à la stature noble, portant une belle tunique noire de la magistrature vénitienne et surtout, ses yeux semblaient cachés des affres de la lumière par un bandeau blanc. J'eux alors beaucoup de peine pour cet homme qui avait le malheur de ne pas voir. Je me contenta de mettre son nom dans un coin de ma tête. Plusieurs autres personnalités arrivèrent à leur tour et je vins à me rendre compte que la soirée n'avaient même pas commencés pour les Seigneurs de cette ville... Ces noms étaient Romano, Este et j'en passe....

Comme j'entendais désormais les bruits sourds des voix des nobles, je souriais de m'être imaginer que les murs étaient aussi épais. Perdu dans mes pensées, un jeune homme, habillé de façon bourgeoise, brun aux yeux noirs, entrait dans l'antichambre. Il était assez simple et avenant, son sourire exprimait par contre une sorte de sadisme qui me mit mal à l'aise. Il se présenta alors sous le nom de Lucius. Le propos fût bref, car, au moment où je commençais de suite à me lasser des questions de cet homme sur ma présence ici, et aussi sur la qualité financière de ma lyre, un jeune homme entrait dans l'antichambre. Ce dernier était chaleureux, avait un timbre de voix quasi musicale et cela me remontait aussi le moral de ne pas être seul avec ce bourgeois nommé Lucius (singulier nom d'ailleurs et peu Italien). Cet homme se présenta comme ménestrel sous le nom de Santonin. Immédiatement, je ressentis un conflit larvé entre les deux hommes et une certaine peur poussa le premier arrivé à quitter les lieux assez rapidement, c'est vrai que le ménestrel l'avait menacer de le faire danser et cette menace avait du vexer le jeune homme à un point que je ne comprenais pas ! Une fois ce Lucius parti, Santonin se montra de nouveau agréable et même il me demanda si je savais jouer de l'instrument qui trônait à mes côtés.... Pour sûr, je lui répondis que oui, il me demanda alors dans un grand sourire de lui jouer un morceau. Face à une demande si humble et de la part d'un musicien aussi agréable, je me mis à jouer ces intonations automnales qui faisaient mon style, à la fois emprunte de mélancolie et de folie, empruntes des couleurs des feuilles dorées par l'automne qui devenait alors le dernier signe de la splendeur éphémère de cette saison.... A la fin de mon récital, le ménestrel me fit alors un étrange présent : un collier se terminant par un pendentif en forme d'arbre. Ce collier semblait avoir été ouvragé par les plus grands ébénistes, ravi, je remercia humblement le ménestrel qui s'en alla d'une pirouette quand ma femme entra dans l'antichambre. Après quelques franches explications, elle repartit boudeuse dans les "appartements" des serviteurs...

Je n'en mettais pas rendu compte, mais la porte de l'antichambre, menant aux serviteurs, étaient en général facilement accessible pour n'importe qui.... Déjà que ce Lucius et ce bon ménestrel étaient venu me voir pour me demander de jouer quelques notes. Pris dans ma musique, je vis que deux autres personnes s'étaient rapprochées, elles avaient attendues que Santonin s'en aille pour s'approcher de moi.

Le premier, un jeune homme agréable à l'accent germanique se présenta sous le nom de Hans. Il me demanda à quel service j'étais et je précisais, coutume habituelle entre serviteurs, que j'étais de la maison des tegalliano et que nous étions ici temporairement avant de repartir pour Gênes. Avec un grand sourire, hans me répondit que l'on se verrait peut-être étant donné qu'il allait aussi à Gênes d'ici peu, je lui répondis que ce serait avec plaisir... Un peu à l'écart, l'autre homme, un bourgeois au nom qui m'échappe au moment où j'écris ces quelques mots, se montra aussi intéressé par mes talents. Il me demanda si je savais d'où venait ma lyre... Je m'apprêtais à lui répondre quand je ressentis la sensation de me taire. Je regardais à nouveau cette personne qui semblait plus froide que le sociable et curieux Hans. Son nom me revint alors à l'esprit mais j'entendis mon nom appelé par le majordomo... Je me levais, fis une révérence et mes salutations aux deux hommes. Après tout, pourquoi je m'inquiétais, leur curiosité était normale d'une certaine façon.

Arrivé au coeur de la grande salle, les seigneurs étaient assis autour de grandes tables formant un U, je m'inclinais respectueusement et attendit que l'on m'ordonne de jouer, une main du maître de maison m'invitant à commencer, je pouvais jouer l'esprit libéré... Mes yeux se fermèrent pour ne laisser que flotter les vents doux du début de l'automne, à ce moment là, je pouvais sentir Phantasos, la belle et timide déesse des Apparitions, chanter à mes côtés... C'est ainsi que commençait la petite histoire d'un joueur de musique... "


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Re: Requiem d'Hypnos

Message  Nono le Mer 6 Avr 2011 - 1:25

Acte 1 : Nature rêveuse de Phantasos

Chapitre deux : Apparition d'une fleur du passé

« (...) elle emploie des prestiges différents. Elle se change en terre, en pierre, en onde, en arbre ; elle occupe tous les objets qui sont privés de vie. » Ovide.

" Les yeux des augustes se fermèrent, un à un, au son de chaque pincement de la lyre, le silence semblait avoir laisser place à cette mélodie envoûtante. Jaune, orange, rouge... Cet enchantement des couleurs souriait avec délicatesse en revêtant l'éclat de l'allégresse. Les notes s'envolaient, virevoltaient, comme des petites feuilles en liesse qui tourbillonnaient dans chaque interstice de la salle. Petit à petit, ce léger vent frondeur et chaleureux laissait la place aux prémices du froid et de la douleur hivernale... La dernière note laissait enfin la place à une mort, plus silencieuse et plus douce, à un moment de paix intérieure pour tous les témoins de cette assemblée.

Je me levais, saluais les nobles se trouvant devant moi qui me regardaient avec une certaine quiétude. Ils semblaient respecter ce silence. Je fis ma révérence et quittais les lieux dans la plus grande discrétion.

Arrivant dans l'antichambre, Maria était là, son visage respirant l'inquiétude. D'un regard, elle se rapprocha de moi et me prit la main. Ses lèvres semblaient chuchoter alors quelque chose, mais je n'entendais rien. Je me contentais de lui répondre par un sourire triste. Elle me tira alors le bras tranquillement pour me ramener vers nos appartements. Je ne disais rien, mon âme semblait vidé, sans notion du temps qui venait de passer... La nuit laissait place à des rires et des chants paillards venant de notre campement. Les enfants d'Hypnos m'endormirent dans une étrange quiétude.

(...) La carriole tremblait sous les cahots de la route. Les cris des serviteurs se répandaient d'un côté à l'autre de la caravane qui nous menait dans l'autre cité des Doges, la frondeuse Gênes. Après encore une nuit agitée suite à notre départ de Padoue, j'entendis les serviteurs hurler que la cité était en vue. Les soldats à moitié endormis prirent alors les mesures pour ordonner l'agencement du convoi, les serviteurs se mirent à porter les livrées que leurs seigneurs leur avaient données, l'organisation de la caravane ressemblait en une heure à ces fourmis allant dans un ordre parfait en direction du "coeur de leur vie". L'air iodé de la mer des Ligures commençait à narguer mes narines, cela apaisa mon esprit de sentir ce vent frais sur ma peau... Au bout de quelques heures, nous arrivions devant une ville de belle taille, les flèches des églises et de ses phares lui donnaient un éclat particulier. Cette ville respirait le mélange des peuples qui la composaient, des Lombards aux Francs, en passant par les Byzantins et les Italiens.... la Cité était bigarrée et ouverte sur le Monde qui s'ouvrait avec la Ligure se trouvant devant elle... Après les quelques formalités d'usage, nous entrions dans la ville et nous nous installions dans un camps aménagé pour les caravanes de passage.

La Famille Tegalliano s'installait alors dans une riche demeure dans les abords de la ville.

Alors que nous étions ici depuis quelques heures, Dame Alexandria, fille de Don Marcello, demandait à me voir peu de temps avant l'aurore, avec mon instrument de musique "préféré". Je partis immédiatement à sa rencontre et je la retrouvais dans le couloir menant aux appartements seigneuriaux. Ses cheveux noirs étaient toujours parfaitement ajustés à un voile de soie orangée, ses yeux noisette semblaient nerveux voire contrariés. Je lui demandais humblement ce qu'il se passait et elle me fit signe de la suivre sans un mot. Arrivée devant la porte du Seigneur Marcello, elle trembla un instant et ouvrit la porte. Mes yeux furent surpris de la scène se présentant devant moi, le sol était jonché de verres brisés et une énorme et sombre tâche de vin se formait sur le tapis persan qui couvrait les dalles glacées. Je levais alors les yeux pour voir devant moi mon Maître se portant la main à son front et ses yeux qui exprimaient une douleur a priori contenue. A ses côtés, la femme de Don Marcello, Félina Di Tegalliano, recouverte de ce voile de dentelle noire qui cachait son visage, ne disait rien... Je me retournais au son de la porte qui se refermait derrière moi, Alexandria venait de quitter la pièce sans un mot. La femme de mon Maître me chuchota alors de jouer pour son mari. Je salua de la tête cette invitation un peu particulière et je m'agenouillais pour jouer un morceau doux et apaisant, comme une brise automnale, levant les fatigues de la fin de l'été... Ma musique sembla atténuer sa douleur, il reprit petit à petit contenance au fur et à mesure de la mélodie. Reprenant lentement son souffle et peut-être son calme, il m'invitait à le laisser seul en compagnie de sa femme. Je sortis alors assez perplexe devant une scène aussi étrange de la part des maîtres de cette maison. Alors que j'étais perdu dans mes pensées, je m'aperçus soudain de la présence de Dame Alexandria, elle semblait triste ou en colère, je ne savais pas quoi penser. Elle me demandait alors si son père allait mieux, je lui répondis affirmativement par un hochement de tête et, sans un mot, elle se dirigea alors vers les appartements de ses parents.

La journée se passa alors dans la plus grande tranquillité, les gens de la maisonnée préparèrent un bon repas et nous allâmes tous nous reposer après une journée assez fatigante. Le soir même, lors d'une discussion avec Maria, j'appris l'évènement du début de la nuit. Le sommelier personnel de Don Marcello était mort en tombant d'un des escaliers de la demeure, intrigué par une histoire aussi triste que rocambolesque, je m'endormis en pensant aller voir le médecin de la famille dès l'aube. "Les évènements de l'aurore étaient peut-être en relation avec cette mort opportune ?" fut l'une des dernières questions que je me posais quand Morphée m'ouvrit son royaume.

(...) Ma discussion avec le médecin me laissait perplexe. Je commençais à me poser des questions sur ce qu'il se passait dans la maison des Tegalliano. Je laissais cette information dans le coin de ma tête et je me décidais à aller faire un tour au campement, histoire de se dégourdir les jambes. Je regardais avec une certaine admiration les qualités architecturales des maisons de cette ville, leurs colombages sculptés d'angelots ou d'oiseaux, de mythes marins allant des tritons aux anciennes batailles des Dieux païens, permettant de se douter du raffinement des habitants de la ville. Je croisais même à un moment donné des Lombards en train de faire des affaires sur le marché aux viandes... Ce fourmillement me rappelait Constantinople par certains côtés et j'aimais cette sensation assez nostalgique.

J'étais partagé, à la fois heureux de revoir cette mer si calme et insouciante et en même temps craintif pour la suite des évènements. Un courant d'air frais me fit tousser, je pris alors soin de mieux me couvrir. Regardant alors vers le campement, je vis un homme portant en bandoulière une sacoche de cuir marron, il avait quelque chose d'assez indéfinissable qui ne pouvait m'empêcher de l'observer... Intrigué, je le suivis quelques instants discrètement. Il se rapprochait d'une des grandes carrioles des invités de Maître Tegalliano, cette carriole appartenait à un architecte florentin au prénom de Massimo Forloni. Dans un mouvement circulaire du regard vers le campement, je vis un moine qui était en train de discuter avec quelques soldats qui déjeunaient. Je ne l'avais jamais vu, et je pensais alors que ce moine était là pour écouter quelques brebis égarées. Me reconcentrant sur l'artisan, je le vis en train de poser sa sacoche, il en sortit des instruments d'ébéniste pour commencer à travailler sur les armoiries de la carriole. Je me posais alors dans un coin et le regardais travailler tranquillement, son style était assez ancien mais me rappelait lentement le style si particulier des ébénistes de la Guilde de Constantinople. Assez surpris, je me levais donc, et me rapprochais de lui, nous échangeâmes alors rapidement dans notre langue maternelle et je voyais dans ses yeux un certain plaisir de pouvoir parler la langue de ses ancêtres. Il m'apprit qu'il s'appelait Alfiero et qu'il était au service de Maître Forloni, un brillant architecte florentin... Cette discussion se termina alors par un bon repas dans une auberge à mon invitation. Je fus assez surpris d'apprendre qu'il n'avait pas de lieu où dormir, son maître étant très occupé, il n'avait pas juger nécessaire de s'occuper de cela. Je lui proposais alors de venir loger dans une des mansardes de notre Maison, ce n'était certes pas le grand luxe mais au moins, il serait logé et nourri comme il se doit... Devant son hésitation, je lui promettais que cela ne pouvait poser de problèmes entre frères de la même Guilde de Constantinople. Surpris, ravi même par certains côtés, il acceptait mon offre...

Alors que nous sortions de l'auberge, un mercenaire allemand du nom de Conrad nous interpellait tous les deux, ils nous avait vu dans le campement et se demandait si nous avions eut connaissance d'un certain Camillo Illochie ou d'un Pierre de Annemasse. Je lui répondis que je ne connaissais pas cette personne, qu'il me faudrait une description... Conrad s'empressa alors de nous le décrire, je lui répondis que je ne l'avais pas vu depuis la réception à Padoue, mais je ne savais pas qu'il était actuellement dans ce convoi... Je dois dire que cette conversation se révélait assez glaciale, du fait du ton rustre de cette personne ; n'ayant pas eut d'informations, il se retira rapidement pour retourner vers le campement. Assez interloqué, je me promettais de me méfier de ce Camillo ou Pierre, qu'importe son nom d'ailleurs... Je ne tenais pas à ce que mes proches tombent dans des querelles nobiliaires, c'était la pire des choses pour des serviteurs et j'en avais été suffisamment témoin pour éviter ce genre de conflit.

(...) Après avoir présenter Alfiero à ma femme et à mon fils, je lui préparais sa chambre avec des draps propres et quelques affaires de toilette de base. On parvint, grâce à Dame Alexandria, a réunir quelques meubles et un sommier pour qu'il dorme tranquillement. Puis, nous allâmes dîner dans une certaine allégresse, cela faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi bien. Alors que nous terminions notre dessert, des tartines grillées et recouvertes d'une confiture à la figue avec un bon vin rouge venant des coteaux génois, un serviteur me remit un pli. Cette lettre était du Seigneur Marcello, il souhaitait s'entretenir avec moi immédiatement.

Je terminais rapidement mon dessert, saluais mon nouvel ami d'un clin d'oeil et déposais un baiser sur les lèvres de ma femme, puis je partis en direction des appartements du premier étage où logeaient nos Maîtres. Don Marcello m'attendait dans une petite bibliothèque de la maison, je ne savais même pas qu'il y en avait une... A mon entrée dans la pièce, je le vis fermer un livre sur l'Histoire de Gênes. Il se releva quand je posais mon genou à terre en signe de respect et de loyauté. Je sentis sa main se poser sur ma tête, puis il me demanda de me relever.
(...) Je quittais la bibliothèque comme une de ses créatures mythologiques qui avaient perdu la raison en traversant le Styx, mon souffle était coupé et les palpitations de mon coeur résonnaient dans mes tympans comme une farandole de notes discordantes. Je m'asseyais en plaquant mon dos contre le mur du couloir, des larmes coulaient par intermittence sur mon visage, j'étais perdu... Je me mis à tousser fortement et une douleur me prit à la gorge tout à coup, en portant mes mains à mes lèvres, je me rendis compte qu "il" était toujours là, Chronos venait encore de faire sonner un de ses maudits carillons. Sourd à mon environnement, je ne sentis qu'au dernier moment une main se poser sur ma joue. Mes yeux se tournèrent vers Alexandria qui séchait mes larmes avec un carré de soie blanche. Nous chuchotâmes pendant de longs instants, nous étions comme deux enfants en train de se révéler un secret, puis elle me prit la main pour me relever.

Elle me conseilla alors de profiter de la soirée pour aller me promener, de se vider la tête avant de revoir ma femme... J'écouta avec attention son conseil et j'opinais de concert avec elle. Elle m'amena dans ses appartements et me confia la lourde cape vénitienne de son père, elle était chaude et agréable à porter. Elle en profita pour m'offrir un présent, après quelques hésitations, j'acceptais ce présent en lui faisant promettre de ne rien révéler à qui que ce soit. Nul ne devait savoir ce qui était arrivé ce soir là... Il en allait du bonheur de chacun dans cette maison. Je partis donc de la maison pour me promener dans les rues en ce début de nuit...

Alors que j'arpentais les rues dans le plus grand désarroi, je me retrouvais face à la cathédrale San Lazzaro. Les sons qui sortirent alors de son clocher me rendirent plus anxieux que je ne l'étais déjà, ces tintements exprimaient de la lamentation, de la tristesse, de la mort et de la destruction.... C'était comme si toutes ces sonorités se répandaient dans toute la ville, effrayé, je quittais le parvis de la cathédrale pour me diriger vers les quais de la ville. Une fois arrivé sur place, le son de l'écume me calma un peu mais quelque chose, une impression passagère, attira mon regard vers le phare de la ville. Je m'en approchais quand un garde m'interpella, la discussion véhémente se solda par l'intervention d'un mendiant qui me conseillait de ne pas importuner les gardes. Me surprenant moi même, j'écoutais le mendiant dans un moment de lucidité. Alors que je discutais avec lui, j'appris qu'un crime odieux avait eut lieu dans la journée, on avait assassiner un jeune moine à l'extérieur de l'abbaye San Stefano. Le mendiant insista même sur le fait que l'arrivée des Vénitiens et la mort du moine étaient de nature à créer des coïncidences fâcheuses... Je remerciais le mendiant pour ses informations en lui donnant quelques piécettes qui me restaient encore de la journée.

Je repartais vers la demeure des Tegalliano..."


Dernière édition par Nono le Mar 12 Avr 2011 - 21:36, édité 2 fois
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Re: Requiem d'Hypnos

Message  Nono le Mar 12 Avr 2011 - 21:02

Acte 1 : Nature rêveuse de Phantasos

Chapitre trois : Apparition de la Colère

« (...) Que le soleil ne se couche pas sur votre colère. » La Bible.

(suite en attente)
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Re: Requiem d'Hypnos

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